Communiqué de presse "Tous migrants"
Non à la désinformation
Article mis en ligne le 11 juin 2026

[ communiqué de presse ]
Non à la désinformation : les élu·es doivent garantir une information avérée pour un débat public éclairé

Dans un article du Figaro Magazine (15 mai 2026), Arnaud Murgia, maire de Briançon, évoquait un prétendu « afflux de 300 à 400 migrants quotidiens » à la frontière franco-italienne et appelait à un renforcement policier. Nos associations, Médecins du Monde et Toutes et Tous Migrants, dénoncent ces propos erronés et dangereux, qui relèvent de la désinformation.

En mai 2026, le nombre de personnes qui ont tenté de traverser la frontière a oscillé entre cinq et trente par jour, et toutes n’atteignent pas la France. Ces données, facilement vérifiables via les arrivées aux Refuges Solidaires et les refoulements vers Oulx, sont dix fois inférieures aux affirmations du maire. Une telle exagération, sans source, alimente délibérément le mythe de l’envahissement et la peur propagé, au mépris de la réalité pourtant parfaitement documentée (1). Qu’un élu de la République puisse avancer des informations à ce point fausses doit nous inquiéter.

Le Figaro Magazine, pour sa part, n’a ni vérifié ces allégations, ni même cherché des sources contradictoires. Pire, l’article utilise des termes déshumanisants (« immigration clandestine », « illégaux ») en toute méconnaissance du contexte et du droit. Parmi les personnes se présentant à la frontière franco-italienne, nombreuses sont celles qui souhaitent demander l’asile en France, certaines sont des mineures non-accompagnées, sont en famille avec des enfants en bas âge, ou ont besoin d’accéder à des soins médicaux. Ce ne sont pas des « illégaux ». Ce sont des personnes, dotées de droits, qui chaque jour voient ces mêmes droits violés à la frontière par les autorités françaises. N’inversons pas les rôles.

Alors que monsieur Murgia n’est pourtant pas le personnage principal de cette histoire, il ne cesse d’employer la première personne du singulier pour lancer un appel au ministère de l’Intérieur : « je n’ai plus aucun renfort à la frontière » ; « je manque de soutiens policiers ». A le lire, nous pourrions presque croire que cette frontière est grande ouverte. Or, la frontière est déjà ultra-militarisée : police aux frontières, gendarmerie, militaires, CRS, gendarmes mobiles, drones et caméras y sont déployés depuis 2017, avec un bilan mortifère de onze personnes mortes, et cinq personnes portées disparues. D’importants effectifs de forces de l’ordre françaises sont sur place tous les jours de l’année. Des dispositifs coûteux et contraires au droit européen (2).

Pour ce qui est, enfin, des structures qui agissent en solidarité avec les personnes exilées et du « climat pesant » qui règnerait dans notre chère commune, nous dénonçons la tentative de monsieur le Maire de discréditer les acteurs et actrices investi·es dans l’accueil des personnes exilées, la défense des droits et la promotion d’un territoire accueillant. Nous rappelons qu’aucune de nos associations n’a tenu de propos violents à l’égard du maire sur les réseaux sociaux. Il est, en revanche, légitime de se questionner où se situe la violence : chez les associations qui, avec peu de moyens, se mobilisent pour l’égalité des droits et l’accès aux besoins fondamentaux ? Ou du côté des paroles et actions menées par certain·es élu·es ou responsables politiques qui criminalisent les personnes exilées ?

Nous ne pouvons tolérer qu’un élu à la tête d’une commune puisse véhiculer des données à ce point inexactes dans un journal à portée nationale. Le sujet est complexe et mérite le plus grand sérieux de celles et ceux qui prétendent s’y intéresser. Nous déplorons, une fois de plus, que les interpellations du maire de Briançon auprès de l’État soient uniquement portées sur la militarisation de la frontière (3) et jamais sur les principes d’accueil inconditionnel pour des personnes vulnérabilisées.

Continuons à résister contre la désinformation et à promouvoir une société juste pour toutes et tous.

(1) François HERAN, Face à l’immigration, le savant et le politique, Paris, Collège de France, coll. « Leçons de clôture », 2026, 152 p.

(2) Depuis 2015, la France renouvelle tous les 6 mois le rétablissement des contrôles à ses frontières intérieures, en totale contradiction avec les textes européens. De plus, même en période de rétablissement des contrôles, les autorités françaises sont soumises à des règles qu’elles ne respectent pas, à commencer par l’interdiction de procéder à des contrôles discriminatoires.

(3) Publication d’Arnaud Murgia sur le réseau X, le 14 mai 2025 : « Merci Bruno Retailleau de ton écoute et de ton action suite à notre rendez-vous place Beauvau voilà quelques jours : une compagnie de CRS est arrivée hier en renfort à la frontière pour soutenir les policiers dans leur mission de lutte contre l’immigration irrégulière. Ce soutien était attendu et essentiel ».


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